En marge de la quatrième étape du championnat Carrera Cup France à Magny-Cours, nous sommes allés à la rencontre du Team 85 Bourgoin Racing. Après une reprise de la compétition en 2017 avec une seule Cup pilotée par Antoine Jung, l’équipe soutenue par les Centres Porsche d’Orléans, Tours, Arpajon et La Rochelle poursuit son aventure en 2018 avec pas moins de trois bolides. Un défi de taille pour la Team dont les moyens ne sont pas ceux des plus grandes écuries du plateau.

Ambition et réalisme

J’ai tout d’abord eu l’opportunité d’échanger avec Benoît Bourgoin, le Team Manager, concernant les objectifs de cet engagement plus important en 2018. Tout d’abord, la volonté première du Bourgoin Racing était de se positionner dans chacune des trois catégories du plateau Carrera Cup France : la catégorie-reine A, la catégorie B, et le classement Rookies, réservé aux nouveaux arrivants de la discipline. De cette volonté a découlé l’engagement de trois Cup, dont l’objectif individuel de base était de gagner, chacune dans sa propre catégorie. Bien sûr, Bourgoin reconnaît que « entre les ambitions et la réalité il y a deux mondes » et que les objectifs sont ajustés puis réajustés en permanence au cours de la saison.

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C’est néanmoins un état d’esprit très présent au sein de toute l’équipe que ce fin mélange entre ambition et réalisme. Les moyens financiers du Team 85 n’étant pas aussi conséquents que d’autres structures, et ainsi les temps de roulage étant plus courts, Benoît Bourgoin insiste sur la nécessité de créer des synergies dans l’écurie. La tâche n’est d’après lui « pas si difficile » du fait d’avoir trois autos au lieu d’une ; finalement, « c’est comme si l’on avait qu’une seule voiture » sauf qu’évidemment l’on suit trois catégories distinctes sur deux tableaux en fin d’épreuve. D’un point de vue setup non plus, ce n’est d’après lui pas plus difficile qu’auparavant : les réglages de base de chaque auto sont « proches de par le pilote de référence », autrement dit celui qui établit le meilleur temps de roulage aux premiers tours de roues. « Et ensuite, on les adapte au besoin des pilotes » de manière individuelle, afin que chacun des trois drivers soit à son meilleur niveau. En bref, chez Bourgoin Racing on se fixe un bel objectif, on mutualise les forces et on tire le maximum de chaque seconde de roulage afin de réaliser les meilleurs résultats.

Un nouveau line-up pour nourrir les ambitions

Qui dit trois voitures, dit bien sûr trois pilotes. Et trois nouveaux pilotes même, Antoine Jung ayant déployé ses ailes vers le Blancpain sur Audi. Le pilote A choisi aura été Jean-Baptiste Simmenauer (N°23), en partie grâce aux liens que son père a entretenu avec les Bourgoin lors de leurs précédents engagements en compétition. L’histoire de famille se poursuit pour la sélection du pilote en catégorie B en la personne de Sébastien Dumez (N°7). En effet, cet homme d’expérience déjà multiple vainqueur en Porsche Carrera Cup dans les années 2000, se retrouve ciblé grâce à Bernard Simmenauer, qui lui avait déjà mis le pied à l’étrier dans cette discipline il y a quasiment 20 ans ; de plus, c’était déjà avec la famille Bourgoin que Sébastien a commencé à courir. « Avec Benoît c’était parfait, c’était l’histoire qui se répète », nous confie-t-il avec un large sourire. Enfin, Jérémie Lesoudier (N°67) assure le rôle du rookie du Team 85 cette année, après avoir évolué en Clio Cup espagnole et portugaise. C’est grâce à la Scholarship Porsche Cup et à ses liens avec Jean-Baptiste que le contact s’est fait pour intégrer l’équipe. Finalement, la Team 85 Bourgoin Racing, c’est une grande famille de passionnés, rassemblés autour de valeurs communes.

Jérémie Lesoudier : franchir un step avec la Cup

L’échange que j’ai eu avec Jérémie fut largement ponctué par deux notions : sa satisfaction à évoluer dans une discipline qui se professionnalise et qui professionnalise ses acteurs, et l’équipe avec ses valeurs et ses ambitions. En effet, cette évolution pour Jérémie était l’occasion de monter en compétences : pour lui, il est « intéressant de passer un step par la Porsche qui est une formule monotype très pro ». « Apprendre des meilleurs » sera l’opportunité de développer son professionnalisme et son feedback, afin de se projeter vers l’avenir en GT. Jérémie partage l’esprit d’équipe du Team 85 : « ils sont très présents, ce sont de vrais passionnés » ; « on (lui et son père, qui accompagne sa carrière) s’est vite sentis proches des valeurs de l’équipe ». Le challenge des moyens restreints est très bien intégré, sa mentalité étant de « faire le mieux avec ce que l’on a, en étant les plus malins possible dans l’organisation ». Une approche formatrice dans un environnement exigeant !

Le passage dans la 911 Cup n’a d’ailleurs pas été une formalité pour Jérémie : « Tout a été compliqué. Limite, le moins compliqué a été la puissance » mais en effet, le survirage induit par la propulsion et l’architecture moteur de la Porsche lui a nécessité un temps d’adaptation. Désormais, le jeune pilote Bourgoin Racing semble en confiance. A Magny-Cours, il termine 16ème en course 1 suite à une erreur et P12 en course 2. Il attend ensuite beaucoup du meeting de Barcelone tant il en connaît et apprécie la piste. Il espère « aller se battre à la régulière avec des Victor Blugeon (N°74, Pierre Martinet by Alméras), ou Alex Marchois (N°14, FAL Racing) ». L’objectif final de Jérémie est de jouer un podium d’ici la fin de la saison, mais il sait que la concurrence est rude ; s’il rempile en 2018, ce sera clairement sa ligne de mire en catégorie A.

Sébastien Dumez : l’expérience pour la gagne en catégorie B

Après presque 10 ans sans sport auto, Sébastien Dumez revient victorieusement en 2015 en remportant le titre de Champion de France FFSA GT en 911 GT3 R. Puis, il prend le volant d’une Cayman GT4 en 2017 et rallie la Porsche Carrera Cup cette année avec la Team 85 Bourgoin Racing. A noter que Sébastien a également rouler en LMP3 en 2016 (source : Nicolas MISSLIN 😉 ! ). Son état d’esprit : « l’envie de bien faire ! ». La régularité de Sébastien et sa progression expliquent qu’il est clairement en lice pour gagner la catégorie B des Gentlemen Drivers. C’est d’ailleurs son objectif, même s’il garde une grande humilité. Il se méfie notamment de son adversaire direct Nicolas Misslin (N°55, Pierre Martinet by Alméras), qu’il juge rapide et qui selon lui « a beaucoup progressé ». « Il met beaucoup de cœur et beaucoup de volonté » à gagner des courses et lutter pour le championnat. Ce meeting de Magny-Cours l’a bien prouvé avec une belle deuxième place en course 1 pour Sébastien Dumez, après une héroïque remontée, et une revanche de Nicolas Misslin en course 2.

En échangeant avec Sébastien, on ressent tout de suite le plaisir de rouler, de toujours apprendre au volant, et de relever ce défi qu’il décrit comme pas facile. « Nous, on a un budget hyper serré, on fait attention à tout, il faut être intelligent et malin » ; « A chaque fois que je remonte dans une voiture, je progresse », nous confie Sébastien en ajoutant que « quoi que tu fasses dans la vie, tu as toujours à apprendre ». Une excellente philosophie qui s’accompagne de valeurs et d’une expérience qu’il souhaite partager avec ses deux jeunes coéquipiers : « j’essaie de transmettre tout mon savoir », nous dit Dumez, reconnaissant toutefois que Jean-Baptiste malgré son jeune âge, dispose déjà d’un beau bagage. Dans ses bonnes pratiques, il appuie volontiers sur sa grande préparation avant chaque meeting. Une étape obligatoire pour lui au vu des maigres roulages du Team, et au vu l’ « hyper professionnalisation » de la discipline. Un « fait majeur » selon lui, qui peut comparer avec la Porsche Carrera Cup des années 2000 qui était bien plus centrée sur les Gentlemen Drivers. La discipline a pris de l’ampleur, tout comme le système de détection de Porsche, ce qui permet comme le confirme Dumez « une réelle perspective d’avenir » au sein du constructeur pour les jeunes, comme Jérémie et Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste Simmenauer, en route vers le succès

Pour en effectuer la transition avec le propos précédent, la filière Porsche (notamment en GT) est clairement l’objectif identifié pour Jean-Baptiste, et partagé par son actuel Team manager. C’est pourquoi il a choisi après son expérience karting et monoplace, de s’orienter dans cette discipline, où il court en France et en Allemagne. La discipline, très formatrice, lui a d’ailleurs demandé dès les premiers tours une adaptation spécifique, tout comme à Jérémie. Ce fut « compliqué au début, surtout au niveau du poids et de l’aéro ». Evidemment, il nous explique que la prise de virage est radicalement différente d’une monoplace où la charge induit l’appui, à une GT3 Cup où le transfert des masses joue d’avantage un rôle. Après quelques frayeurs et un apprentissage rapide, Jean-Baptiste confie désormais : « je m’amuse beaucoup avec ces voitures ». Sa courbe de progression est d’ailleurs notoire. « Je me sens de mieux en mieux, j’apprends beaucoup » exprime le jeune pilote originaire de Chambray-les-Tours. Discret et humble, il ne se cache toutefois pas de viser le podium au général, un objectif entièrement partagé par Benoît Bourgoin, satisfait de la montée en rythme de son poulain. Hélas, le meeting de Magny-Cours n’a pas spécialement souri au jeune Simmenauer, qui termine 8ème en course 1 et abandonnera en course 2. Une déception qui ne l’empêchera pas de donner le meilleur de lui-même dès le prochain rendez-vous, à Barcelone.

Bonne continuation au championnat !

Pour conclure, j’emprunterai les mots de Jérémie Lesoudier qui tenta vaillamment de me décrire ses sensations au volant sur le mythique circuit de Magny-Cours : « Magny-Cours dans une Cup, …quelqu’un qui va te dire que c’est pas bien, c’est qu’il n’aime pas le sport auto ! ». Un grand bravo en tout cas à cette belle équipe du Team 85 Bourgoin Racing, qui se montre un dangereux outsider en A et un fier prétendant au titre en B avec les moyens dont ils disposent.