Découvrez le récit d’un passionné pour sa Porsche 356 C Cabriolet. Daniel Lallemand nous raconte sa passion pour Little Blue, une envoûtante 356 à la livrée Sky Blue. Dans cette deuxième partie, il nous raconte la restauration de sa belle « Little Blue ».

La restauration d’une auto commence toujours par un scrupuleux état des lieux en mettant la voiture sur un pont élévateur.
J’avais bien vu à Londres que le dessous de l’auto avait été « mastiqué » sur une bonne partie, mais c’était un euphémisme, dans quelque temps en cas défaillance des freins j’aurais pu freiner avec les deux pieds en les passant à travers le plancher.

Je me doutais bien que les premières investigations n’allaient pas être réjouissantes et effectivement les sondages du dessous s’avéraient même plutôt inquiétants : une bonne partie du plancher était à changer, idem pour un support de cric, sans parler de nombreuses pièces à reformer, voire à refabriquer. En effet c’est en désossant entièrement l’auto que les mauvaises surprises s’additionnent.

Au fur et à mesure il faut donc gérer son budget avec les mauvaises surprises, mais aussi avec les bonnes, de toute façon il faut prévoir large !
La fable de la Fontaine est toujours d’actualité face à une auto qui a été restaurée il y a quelques années quand on évoque le ramage et le plumage. Aussi quand on entreprend une restauration, il est impératif de constituer dès le départ un vrai dossier complet avec des photos et des factures qui précisent la provenance des pièces. Ceci permettra de savoir dans quelles conditions le véhicule aura été restauré : par qui, comment et avec quoi !

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Une fois le joint de cache culbuteur remplacé, nous avons pu faire tourner le moteur, le spécialiste, arrive à l’oreille, à déceler les moindres défaillances, c’est bluffant.
Ma mésaventure sur l’autoroute en clair aura été une chance. L’origine de la fuite d’huile a été due semble -t-il à ce joint de cache culbuteur en mauvais état et le spécialiste Porsche m’affirmé que le fait de m’être arrêté aussitôt, a sans aucun doute, permis de sauver mon bloc moteur ! Ouhla !

Mais vu le gras déjà observé sur la partie inférieure du moteur, il était temps de l’ouvrir d’autant qu’un bloc d’origine doit rester coûte que coûte une espèce protégée.

Un démontage de moteur de 356 semble être un jeu d’enfant, j’en ai profité pour faire une photo en passant ma tête sous le pont afin qu’elle ressorte à la place du moteur avec le capot me servant de mini parasol, c’était le moment ou jamais (j’espère).

Donc tout a été démonté, les pièces répertoriées, analysées, nettoyées pour celles qui pouvaient être remontées dans l’auto. Apparemment, le moteur n’avait jamais été ouvert.

On trouve chez Porsche des pièces d’origine avec leurs N° de référence à l’aide du catalogue PET (Porsche Ersatz Teile) c’est ainsi que de nombreuses pièces ont été changées :
Le vilebrequin, les bielles, les coussinets, l’arbre à cames, le volant moteur, les soupapes, les guides de soupapes, chemises, pistons ( Mahle) etc…

Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, je réglais par acomptes ce qui permettait de diluer l’investissement et de décider des choix selon les besoins et les budgets que je m’étais fixés.
Quelques bonnes surprises étaient au rendez-vous : par exemple moquette, sellerie, capote, boîte de vitesses, en excellent état etc…. C’est aussi moins de budget à prévoir donc j’ai voulu réinvestir « les petits gains de budget » dans de l’embellissement, car cette petite 356 le valait bien !

C’est ainsi qu’entre temps j’ai pu trouver quelques petits accessoires sympas :

  • Un porte-bagages d’origine que j’ai fait restaurer.
  • Un véritable volant en bois « Les Leston » d’époque avec cerclage klaxon.
  • Un auto radio Blanpunkt « Frankfurt » d’époque complètement restauré avec ses HP alors qu’il n’était pas dans la liste des options sur le Certificat d’authenticité, mais quand on aime…
  • Un jeu de tapis « Cocomats »
  • Un pommeau de levier de vitesse en bois
  • Un manomètre de contrôle de pression des pneus d’époque avec son étui en cuir.

Pour le côté pratique et sécurisant, le garagiste m’a suggéré de poser un manomètre de pression d’huile d’époque sur une pièce (démontable) rajoutée sous le TDB sans nuire à l’esthétique de l’auto, car peinte dans la même couleur ! Il a aussi posé un bouton qui peut faire office de warning ! Quand je vous dis que ces mécaniciens passionnés sont des magiciens !

Je n’ai pas vraiment d’historique du véhicule, selon le vendeur à Londres, il aurait été acheté dans une concession Porsche en Allemagne, c’est un modèle qui était prévu pour l’Europe avec ses éléments de chauffage plus puissants, donc avec des échangeurs thermiques spécifiques des modèles européens. L’auto aurait été achetée en Allemagne peut-être par un militaire américain qui faisait son service militaire là-bas ?

Au fil des mois, voire des années, j’ai retrouvé avec son N° de VIN le fait qu’elle ait appartenu à un membre du Club Porsche 356 Registry. Après quelques investigations j’ai même pu obtenir un DVD (moyennant 100 $ ) émanant d’un garage aux USA qui avait restauré l’auto (carrosserie et capote) où visiblement elle est passée en couleur Smyrna green ! Par contre je n’ai rien vu sur le travail du dessous du véhicule, ni du moteur…ceci expliquant sans aucun doute les déconvenues et les mauvaises surprises !
Outre le dessous de l’auto vraiment pas terrible, le travail de la carrosserie avait donc été bien fait par le garage aux USA, par sécurité elle a été à nouveau grattée, poncée et nous avons bien retrouvé sa couleur d’origine.

C’est précisément à ces moments- là que l’on peut vérifier le « matching numbers » des ouvrants de l’auto : Les capots avant et arrière, mais surtout les portières où nous avons effectivement retrouvé les trois derniers chiffres du N° de VIN.

L’auto est donc revenue en Europe, et le dernier propriétaire était une propriétaire anglaise, malgré la conduite LHD. Elle avait fait rajouter des ceintures de sécurité à l’arrière peut-être pour emmener ses enfants ?

Les mois passaient, passaient et le spécialiste me tenait au courant régulièrement de l’avancement des travaux sur l’auto même si j’avais l’impression que cela n’avançait pas vite. Il faut savoir que les « très bons » sont avant tout des « magiciens passionnés » et le bouche-à-oreille fonctionne plus vite que leur temps disponible. Ils n’ont pas besoin de faire de la Pub !

J’ai beaucoup appris avec ce spécialiste, il m’a même donné l’envie d’apprendre la mécanique : comment changer la courroie, les vis platinées et quelques petites bricoles bien utiles…

Cette aventure est donc une page d’histoire qui se tourne quand on met la clé à gauche en bas du volant, que l’intérieur est resté dans son jus le plus possible pour jouir des traces d’un passé d’heureux propriétaires qui vous ont précédé.
Et dès les premiers tours de roues dans une auto restaurée dont vous avez été à la fois le témoin et le maître d’œuvre de sa remise à niveau, c’est d’abord une grande émotion partagée aussi avec celui qui a fait la restauration, car quelque part c’est aussi un peu son « bébé ».